Et si la réponse tant de fois entendue « Désolé, on ne prend pas la carte » disparaissait au profit d’un beaucoup plus inattendu « Désolé, on ne prend pas les espèces » ? Surréaliste, vous dites-vous ? Et bien pas forcément…

Une disparition progressive du cash

Bien qu’il reste le moyen de paiement privilégié pour les montants inférieurs à dix euros, l’argent liquide ou « cash », peine à rivaliser avec la carte bancaire. 71% des français considèrent ainsi la carte comme leur moyen de paiement préféré, peu importe le montant.

Plus globalement, la part des transactions cash-less ne cesse d’augmenter d’année en année. En 2013, selon le World Payments Report(2015) elles représentaient dans le monde 357,9 milliards de dollars, en progression de 7,6% par rapport à l’année précédente. Cette forte augmentation est particulièrement marquée dans les pays émergents d’Asie où la croissance est à deux chiffres : près de 22% d’augmentation entre 2012 et 2013.

growth cash less

Le repli des français vers le paiement par carte a une conséquence très directe pour les banques : la réduction du nombre de distributeurs automatiques de billets (DAB). Alors qu’il n’était pas rare d’en compter 4 ou 5 dans ses grosses agences, de nombreuses banques font aujourd’hui le choix de rationaliser leurs parc. Le nombre de retraits est en baisse, les dépôts d’espèce des commerçants décroit faute de paiement en cash de leurs clients mais surtout les DAB coûtent plus chers. Le renforcement des  exigences en termes de sécurité coûteuses, ont fait baisser la rentabilité des machines. Rentabilité qui n’est plus autant équilibrée qu’auparavant par les commissions interbancaires –somme touchée lorsqu’un client retire dans un DAB d’une banque concurrente- qui ont baissées de 15 centimes fin 2011 pour atteindre 0,57 centimes. Joël Nadjar, associé chez Kurt Salmon explique ainsi aux Echos : « Cette baisse de revenus a encouragé les banques à reconsidérer l’installation de DAB dans leurs nouvelles agences ».

Des initiatives pour un monde cash-less qui se multiplient…

Les pays scandinaves et leurs modèles sociaux cités régulièrement en exemple font encore une fois figures de leaders sur le sujet du cash-less. C’est ainsi que la chambre de commerce du Danemark étudie en ce début d’année la possibilité d’autoriser les commerçants à tout simplement refuser le paiement en liquide. Derrière cette décision, une volonté de simplifier la vie des commerçants et des clients  et surtout de les protéger. Moins de
liquide manipulé signifie moins de temps perdu par les employés à gérer la caisse mais également moins de tentation pour de potentiels individus mal intentionnés. Finalement, une telle mesure ne changerait presque rien dans ces sociétés où le paiement en cash est déjà très minoritaire, elle viendrait simplement légitimer une aversion de la population pour ce mode de paiement.

hellfestcashlessDes initiatives cash-less ont également été misent en œuvre dans plusieurs festivals la saison dernière. Le Hellfest, ne laissaient ainsi à ses festivaliers que la possibilité de payer via une carte « digital wallet ». Rechargeable dans les « bank » dédiés du festival, elle a permis de fluidifier les transactions réduisant ainsi drastiquement les queues aux différents stands et boutiques (on ne voudrait tout de même pas rater son groupe de musique préféré !). Une initiative similaire a été menée lors du festival des Vieilles Charrues. Les déclinaisons sont multiples : carte, bracelet, portable, tout support peut-être exploité pour éviter la manipulation d’espèces sonnantes et trébuchantes qu’il faut compter, recompter, stocker et protéger

…soutenus par des acteurs historiques et de nouveaux entrants

Sur le sujet du cash-less, les Fintech n’ont pas attendu pour répondre aux attentes des consommateurs. Lydia, Fivory, Payname, pour n’en citer que quelques-unes, proposent des services innovants, simplifiant la vie des consommateurs dans leur gestion de l’argent (et de leurs dettes !) au quotidien. Lydia vous permet de rembourser en quelques clics les 7 euros 60 du ticket de cinéma que votre ami vous a avancé. Plus besoin d’ajouter son RIB sur votre espace bancaire en ligne ou de finir par lui donner le billet de 10 euros qu’a bien voulu vous donner le distributeur.lydia image

Les acteurs historiques, profitent également des opportunités. Paypal, évidemment, avec ses 12,5 millions de transactions par jour, mais également Apple et son service Apple Pay. Google enfin et le Google Wallet qui propose des services de paiement sans contact et de remboursement entre amis. Toutes ces initiatives sont largement soutenues par la prolifération des smartphones dans nos sociétés. Soyons cependant prudents, Google compte sur les données clients qui lui sont ainsi mises à disposition automatiquement pour analyser les comportements et cibler de manière pertinente des millions de consommateurs. Seul le cash permet de continuer de consommer “en toute impunité”.

Le cash ne disparaîtra pas à court terme mais la tendance est claire : nos billets et nos pièces trouveront de moins en moins place dans nos poches, remplacés par des smartphones ou des cartes tout-en-un. Les banques vont devoir accompagner la baisse de l’utilisation du liquide en s’adaptant aux attentes des utilisateurs afin de proposer des solutions de paiement alternatives. Il leur est également nécessaire de poursuivre la rationalisation de leurs équipements et de leur alimentation en fonction des flux: des DAB moins alimentés dans les zones délaissées (pour réduire les coûts), des DAB performants (pour en limiter le nombre) dans les zones à fortes fréquentation.